Sept mois après un match de football marqué par des affrontements aux abords du Stade des Alpes, une autre affaire revient dans l'actualité grenobloise. Un supporter du GF38, grièvement blessé au visage lors d'une intervention policière le 14 mars 2026, a vu sa plainte contre un policier classée sans suite.
Dans un communiqué publié mercredi 28 octobre, l'Association nationale des supporters (ANS) conteste cette décision et annonce qu'un recours a été engagé pour obtenir un nouvel examen du dossier.
70 points de suture après les incidents de Grenoble - Saint-Étienne
Le 14 mars, environ deux heures avant la rencontre de Ligue 2 entre Grenoble et Saint-Étienne, des affrontements éclatent à proximité du Stade des Alpes.
Dix-sept autocars de supporters stéphanois, accompagnés par la police, empruntent un itinéraire les conduisant près de l'entrée réservée aux supporters grenoblois. Une situation qui contribue à la montée des tensions entre les deux groupes.
Selon la préfecture de l'Isère, les affrontements font alors dix blessés légers, dont deux policiers. Les forces de l'ordre interviennent notamment avec des moyens lacrymogènes pour séparer les groupes.
Mais un autre épisode est signalé dans les jours suivants.
Un jeune supporter grenoblois affirme avoir reçu un coup de matraque au visage de la part d'un policier, lors de l'intervention. Son bilan médical, rapporté par l'ANS, est particulièrement important : 70 points de suture, un enfoncement de la boîte crânienne, plusieurs opérations chirurgicales et 21 jours d'incapacité totale de travail.
Une plainte est déposée contre le fonctionnaire concerné. Dès le 23 mars, Le Dauphiné Libéré rapporte l'ouverture d'une enquête judiciaire et d'une enquête administrative interne. La police, sollicitée à l'époque par le journal, n'avait pas souhaité réagir.
Pourquoi la plainte a-t-elle été classée sans suite ?
En août 2026, le parquet de Grenoble décide de classer la plainte sans suite.
D'après le communiqué de l'ANS, cette décision repose sur la notion juridique d'état de nécessité, prévue à l'article 122-7 du Code pénal.
Ce principe peut exclure la responsabilité pénale d'une personne lorsqu'elle accomplit un acte nécessaire face à un danger immédiat, à condition que les moyens employés ne soient pas disproportionnés.
L'association conteste précisément l'application de ce principe. Elle affirme que le supporter n'était ni armé ni agressif envers les policiers au moment du coup.
L'ANS critique également les conditions de l'enquête. Elle indique que le dossier a été confié au commissariat de Grenoble, alors que le supporter et la gendarmerie avaient demandé l'intervention de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).
Ces éléments correspondent à la position de l'association. Le détail de la décision du procureur et les conclusions complètes de l'enquête ne sont pas publiquement accessibles dans les sources consultées. Ils ne permettent donc pas de trancher indépendamment la question de la nécessité ou de la proportionnalité du geste.
Des interdictions de stade également prononcées
L'ANS souligne une autre conséquence des événements du 14 mars.
Selon elle, une dizaine de supporters grenoblois ont reçu, à partir d'avril, des interdictions administratives de stade d'au moins six mois pour leur comportement présumé lors des affrontements.
L'association dénonce une différence de traitement entre ces mesures administratives et le classement sans suite de la plainte visant le policier.
Il faut toutefois distinguer les deux procédures : une interdiction administrative de stade est une mesure de police administrative destinée à prévenir des troubles à l'ordre public. Elle ne repose pas sur les mêmes règles qu'une poursuite pénale.
L'ANS estime néanmoins que les responsabilités individuelles doivent pouvoir être examinées avec la même exigence, qu'elles concernent des supporters ou un membre des forces de l'ordre.
Un recours engagé, des actions de soutien annoncées
L'affaire n'est pas nécessairement terminée sur le plan judiciaire.
L'Association nationale des supporters annonce avoir saisi le parquet général par un recours hiérarchique, afin de demander le réexamen du classement sans suite.
Un tel recours permet de contester la décision du procureur auprès du procureur général. Il ne signifie pas qu'un procès aura automatiquement lieu.
À ce stade, aucune nouvelle décision du parquet général n'a été confirmée dans les informations disponibles.
Par ailleurs, des actions de soutien au supporter grenoblois sont annoncées dans plusieurs tribunes françaises à partir du week-end du 31 octobre.
Sept mois après Grenoble - Saint-Étienne, la question reste donc ouverte : le classement sans suite sera-t-il maintenu ou le dossier fera-t-il l'objet de nouvelles investigations ?
La prochaine réponse est désormais attendue du parquet général.




