Grenoble aime bien ce genre de profil : très fort, très discret, et pas spécialement intéressé par le fait de devenir une célébrité.
Fabrice Bellard coche toutes les cases.
Né à Grenoble en 1972, passé par Polytechnique puis Télécom Paris, il a surtout passé sa carrière à créer des outils. Pas des applis flashy qu’on télécharge puis qu’on oublie six mois plus tard. Des briques techniques que d’autres logiciels utilisent encore aujourd’hui.
FFmpeg : le couteau suisse caché derrière plein de vidéos
En 2000, Bellard lance FFmpeg.
Version simple : c’est un outil qui permet de lire, convertir, compresser ou transformer énormément de formats audio et vidéo.
Concrètement, quand une vidéo doit être changée de format, allégée, découpée ou préparée pour être lue ailleurs, FFmpeg peut très bien être dans les coulisses.
VLC s’appuie notamment sur ses bibliothèques et Chromium en utilise aussi certaines parties. Donc derrière un geste aussi banal que lire ou convertir une vidéo, il peut y avoir un bout de travail lancé par un Grenoblois il y a plus de 25 ans.
Pas mal comme ligne sur le CV.
Puis il crée QEMU, une sorte d’ordinateur dans l’ordinateur
Trois ans plus tard, Bellard lance QEMU.
L’idée est assez simple à visualiser : faire tourner un ordinateur virtuel dans un autre ordinateur.
Tu veux lancer Linux sur une autre machine, tester un vieux système ou simuler un environnement sans toucher à ton ordinateur principal ? C’est exactement le genre de choses que ce type d’outil permet.
QEMU est aujourd’hui très utilisé dans l’univers des serveurs, du cloud et de la virtualisation.
Pas forcément le logiciel que tu vas ouvrir ce soir. Mais clairement un de ceux qui bossent derrière le rideau.
2 700 milliards de décimales de π avec un PC à moins de 2 000 €
Et Bellard aime aussi visiblement les défis un peu absurdes.
En 2009, il bat à l’époque le record mondial de calcul de π avec environ 2 700 milliards de décimales.
Le détail qui rend l’histoire encore meilleure : l’essentiel du calcul est effectué avec un ordinateur de bureau coûtant moins de 2 000 €.
Pas un énorme centre de calcul.
Un PC.
Le calcul et les vérifications lui prennent 131 jours.
Nous, déjà quand un export vidéo dure 45 minutes, on commence à soupçonner l’ordinateur de nous en vouloir.
Linux dans un navigateur, puis encore d’autres projets
En 2011, Bellard pousse encore le concept avec JSLinux : faire fonctionner Linux directement dans un navigateur web.
En clair, tu ouvres une page et tu peux lancer un mini-ordinateur dedans.
Il développera ensuite QuickJS, un moteur JavaScript très léger, puis plusieurs outils autour de la compression, de l’IA et des télécoms.
Il a aussi cofondé Amarisoft, une entreprise spécialisée dans les technologies 4G et 5G.
Et le plus drôle, c’est que son site personnel reste très simple : une liste de projets, des liens, presque zéro mise en scène.
Et là, difficile de ne pas penser à Grenoble
Parce que ce parcours colle assez bien à l’ADN tech de la ville.
Grenoble, ce n’est pas seulement les montagnes, le FCG, le GF38 et les terrasses quand il fait enfin beau. C’est aussi le CEA, STMicroelectronics, Soitec, Grenoble INP, l’UGA, des laboratoires, des startups et une grosse culture ingénieur.
La ville produit depuis longtemps des profils capables de bosser sur des sujets très pointus sans forcément devenir connus du grand public.
Bellard en est presque la caricature parfaite : beaucoup de technique, très peu de bruit, mais des projets qui finissent utilisés partout.
Pas besoin de Silicon Valley pour laisser une trace
C’est probablement ce qui rend son histoire aussi sympa à raconter aujourd’hui.
À une époque où tout le monde doit avoir son personal branding, son podcast, sa newsletter et trois phrases inspirantes sur LinkedIn, Bellard fait presque l’inverse.
Il construit. Il publie. Il passe au projet suivant.
Et parfois, vingt ans plus tard, ce qu’il a créé est toujours là.
Si Chicagre devait lancer officiellement une série « Nos Grenoblois ont du talent », Fabrice Bellard aurait clairement sa place dans les premiers épisodes.
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