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QUOTIDIEN · Grenoble - quai Jongkind / pont de Chartreuse

Ce week-end, les Grenoblois vont vraiment pouvoir se baigner dans l’Isère

Dimanche 30 août, une première baignade encadrée est prévue entre le quai Jongkind et le pont de Chartreuse. L’idée intrigue autant qu’elle fait grimacer : eau marron, courant, vieilles histoires de voitures repêchées… mais aussi canicules, fraîcheur et envie de se réapproprier enfin la rivière.

Personne posé dans l’eau du Drac
CRÉDIT PHOTO — Instagram : @lesgensquiontchaud

Pendant des années, l’Isère a surtout servi de décor. On la longe, on la traverse, on la regarde depuis les quais. On la voit monter, descendre, changer de couleur. Mais entrer dedans volontairement ? Là, c’est une autre histoire.

Dimanche 30 août, cette histoire va pourtant commencer pour de vrai. Selon la Ville de Grenoble, une première baignade expérimentale aura lieu de 13h30 à 17h30 entre le ponton de l’aviron, quai Jongkind, et le pont de Chartreuse. L’accès sera gratuit, avec inscription directement sur place.

Et non, ce ne sera pas un grand plongeon freestyle au milieu du courant.

Une vraie baignade, mais très encadrée

D’après la Ville de Grenoble, les participants partiront par groupes de 20, accompagnés par des sauveteurs nautiques et des secouristes professionnels. La baignade sera autorisée à partir de 8 ans.

Pour les mineurs, une autorisation parentale et une attestation de savoir-nager seront demandées. Les chaussures fermées seront obligatoires, tout comme la bouée de nage fournie sur place.

Autrement dit, on est loin du scénario « j’ai vu trois personnes sauter, donc j’y vais aussi ».

La Ville précise également que l’événement reste conditionné à la qualité de l’eau et à la météo. Si les conditions ne sont pas réunies, pas de baignade.

Dans la tête de beaucoup de Grenoblois, l’Isère reste… l’Isère

Visuellement, soyons francs, la rivière ne vend pas exactement une eau turquoise à température parfaite.

Sa couleur trouble nourrit depuis longtemps une impression de saleté. Pourtant, selon l’étude commandée par la Ville sur les possibilités de baignade, les premières analyses montrent une qualité de l’eau globalement bonne.

La même étude précise aussi que la baignade doit rester conditionnée à certaines situations. Après un gros épisode pluvieux, par exemple, un délai d’environ 72 heures peut être nécessaire avant d’envisager un retour dans l’eau.

Le débat n’est donc pas complètement sorti de nulle part.

Le 18 août, le groupe d’opposition Réconcilier Grenoble a demandé à l’Agence régionale de santé la publication des analyses bactériologiques et physico-chimiques avant l’expérimentation. Le sujet est assez simple : personne n’a spécialement envie de devenir cobaye pour prouver que l’idée fonctionne.

Et puis il y a l’imaginaire collectif.

Au fil des années, des carcasses de véhicules ont déjà été retrouvées dans l’Isère. Des corps y ont aussi été repêchés lors de faits divers distincts. Rien de tout cela ne permet de dire que la zone prévue dimanche serait dangereuse ou polluée aujourd’hui, mais forcément, ça reste dans les têtes.

On peut difficilement demander à quelqu’un de passer en deux semaines de « ne tombe surtout pas dedans » à « prends ton maillot, on se retrouve quai Jongkind ».

Pourtant, l’idée n’est pas si folle

C’est là que le sujet devient plus intéressant qu’un simple événement du week-end.

Selon la Ville de Grenoble, cette expérimentation s’inscrit dans une réflexion plus large autour des fortes chaleurs. La municipalité rappelle qu’en 2024, des températures allant jusqu’à 46 °C ont été relevées en ville et que les projections locales évoquent jusqu’à 35 jours de canicule par an à l’horizon 2050.

Dans une cuvette où l’été peut vite devenir très chaud, trouver des espaces de fraîcheur accessibles sans voiture commence donc à devenir une vraie question.

Et l’Isère passe littéralement au milieu de la ville.

Si la qualité de l’eau est bonne, si la sécurité est maîtrisée et si des zones adaptées peuvent être aménagées, la question devient presque évidente : pourquoi continuer à regarder la rivière uniquement depuis la berge ?

À Paris, la baignade dans la Seine est redevenue possible sur plusieurs sites. À Zurich, se baigner en ville fait partie des habitudes. Ailleurs en Europe, plusieurs villes réintègrent progressivement leurs cours d’eau dans la vie quotidienne.

À Grenoble, l’idée paraît surtout étrange parce qu’on n’a jamais vraiment grandi avec.

Une autre façon de vivre les quais ?

Aujourd’hui, les quais servent principalement à marcher, courir, rouler à vélo, boire un verre ou simplement regarder passer l’eau. Une baignade aménagée changerait complètement la relation avec ce secteur.

On pourrait imaginer, dans quelques années, des espaces où venir se rafraîchir en centre-ville pendant les grosses chaleurs. Pas besoin de monter jusqu’à un lac, de prendre la voiture ou de chercher un coin de rivière improvisé avec tous les risques que ça comporte.

Évidemment, ça suppose beaucoup plus qu’un dimanche après-midi réussi. Il faudra continuer à surveiller la qualité de l’eau, gérer les courants, aménager les accès, prévoir des zones sécurisées et surtout voir si les habitants ont réellement envie de revenir.

Dimanche va donc servir à tester autant la rivière que les Grenoblois eux-mêmes.

Entre ceux qui vont venir avec leur maillot et ceux qui seront sur le quai juste pour vérifier que quelqu’un ose vraiment entrer dedans, il risque d’y avoir du monde.

Et si la mauvaise réputation cachait simplement un nouvel usage ?

L’Isère a longtemps eu une réputation assez simple : on la regarde, mais on n’y touche pas.

Ce week-end, quelques dizaines de personnes vont commencer à tester l’inverse. Si l’expérience fonctionne, elle pourrait ouvrir la porte à de nouveaux usages de la rivière dans les prochaines années.

Selon la Ville, l’objectif est justement d’étudier la possibilité d’aménager à terme des espaces de baignade plus réguliers.

Dimanche, on saura déjà si les Grenoblois sont prêts à mettre un pied dedans.

Une rivière qu’on associe encore à l’eau marron, aux crues et aux vieilles histoires qu’on raconte entre Grenoblois pourrait donc devenir, dans quelques années, un des endroits les plus recherchés pendant les grosses chaleurs.

Il fallait peut-être juste quelques analyses, quelques aménagements… et beaucoup de confiance.

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SOURCE

Source principale : Ville de Grenoble

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